Les Bronzés

Titre original : Les Bronzés
Année : 1978
Réalisateur(s) : Patrice Leconte
Acteur(s) : Thierry Lhermitte, Marie-Anne Chazel, Michel Blanc
Genres : Comédie
Pays unique : FR
Pays de prod. : FR
durée : 92
Tagline : Bienvenue à Galaswinda...
Synopsis : Un groupe de vingt personnes arrive extenué dans un club situé en Afrique pour passer quelques jours de repos. Et ils sont bien décidés à rentabiliser au maximum leurs vacances. C'est ainsi que nous suivrons les aventures tragi-comiques de la colérique Nathalie, de Gigi, de Jérôme le sûr-de-lui, Christiane, le malchanceux Jean-Claude, et bien-sûr celles des G.O. (gentils organisateurs). Nouvelles rencontres, liaisons momentanées, petits et grands drames seront au programme...
Date de sortie : 1978-11-22
Colorimétrie : C
Pays du réalisateur : FR
Genre du réalisateur : M
Saga (n° épisode) : 1
Nb notes vk : 3105
Importé via Rigolopedia : 1
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Archétype

Ce qui est frappant avec Les Bronzés, c’est de constater à quel point cette bande d’inconnus nous est rapidement rendue attachante alors que les personnages sont présentés en 3 secondes, au détour d’un bungalow. Nous apprenons à les connaître en même temps qu’ils font connaissance entre eux.
On arrive pourtant très vite à cerner la personnalité de chacun grâce à d'infimes détails [Gigi pousse Lavanant] ou au contraire des signes carrément ostentatoires [Clavier en string]. Tandis que les personnages se précisent et que leurs caractères se dévoilent, les liens qu’ils tissent ensemble forment un tout, une sorte de SYSTÈME.
Au XVIe siècle, en Italie, la Commedia dell Arte s’appuyait déjà sur une galerie de personnages représentant chacun un ARCHÉTYPE. Arlequin, le bon vivant, Polichinelle, le fourbe ou Matamore, le capitaine vantard et faussement courageux (pour n’en citer que quelques uns) participaient tous à une architecture globale propice aux interactions comiques.
La comédie moderne est fondée sur le même principe. Chaque personnage représente un caractère, et c’est l’opposition de ces caractères qui crée la comédie. La formule la plus simple se trouve dans les films de tandem qui reposent généralement sur le conflit entre un clown blanc, digne et réfléchi, et un auguste, grotesque et délirant.
Mais des schémas plus élaborés sont possibles en augmentant le nombre de personnages. C’est le cas des Bronzés qui multiplie les séquences à deux ou à trois en variant les combinaisons. À chaque nouvelle scène, on découvre une nouvelle situation, c’est à dire une nouvelle opposition d’archétypes.
Chaque association révèle un nouveau potentiel comique, comme celle du grand séducteur avec la bourgeoise désabusée, ou celle du mari trompé avec le loser perpétuel [Salut ! T’est tout seul ? Elle est où ta femme ?]
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Café-théâtre

Les Bronzés pourrait donc être une comédie tout ce qu'il y a de plus classique, si elle n'avait pas un petit truc en plus. Car c'est un film écrit... à 16 mains !
Il s’agit en effet de la première comédie intégralement écrite et interprétée par l’équipe d’un CAFÉ-THÉATRE.
Au sortir de mai 68, de jeunes troupes enthousiastes se mettent à ouvrir des théâtres auto-gérés où elles s’occupent de tout, vraiment tout, y compris servir la soupe aux spectateurs.
C’est dans ce contexte que Gébé et Jacques Doillon tournent L’An 01, grand film utopique et libertaire sorti en 1973, dans lequel on retrouve, aux côtés des grandes figures du café-théâtre de l’époque, un trio de jeunes hippies ironiques faisant ses débuts au cinéma. Thierry Lhermitte, Christian Clavier et Gérard Jugnot, cartonnent alors déjà sur les planches sous le nom de La Compagnie de la Turlutte.
Deux ans plus tard, rejoints par de nouveaux membres dont Marie-Anne Chazel et Michel Blanc, ils décident à leur tour de construire leur propre salle, et deviennent LE SPLENDID [images d’archives].
La troupe commence très vite à se faire un nom, à tel point qu’elle se voit proposer par une grande agence de voyages un plan de rêve : un séjour tous frais payés dans un club de vacances, en échange de représentations de leurs spectacles sur place. Le Splendid accepte, et découvre le CLUB MED. [logo vintage du Club Med]
Logée et nourrie pendant trois étés, la joyeuse bande profite de ces vacances gratuites pour découvrir un monde à part. Tapis dans l’ombre des cocotiers, ils observent – tels des zoologues – la curieuse faune qui peuple les camps de vacanciers, et y décèlent un fabuleux potentiel de comédie. Ils en reviennent avec un spectacle, “Amour, coquillages et crustacés”.
Nous sommes alors en 1977 et le Splendid joue tous les soirs sur scène sa petite chronique du Club. (images archives)
La pièce attire de nombreux spectateurs, dont le producteur Yves Rousset-Rouard, accessoirement oncle de Christian Clavier, connu pour avoir relancé trois ans plus tôt le marché du fauteuil en rotin avec Emmanuelle, film érotique au succès colossal. À peine sorti de la pièce, tonton Yves est formel, il faut absolument en tirer un film. Ce sera : LES BRONZÉS.
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Vacances

Un pays qui a créé en 1981 un Ministère du Temps Libre a forcément un rapport particulier à la question. Avec 5 semaines de congés payés et 11 jours fériés, la France met 35 millions de voyageurs par an sur la route des vacances. Les Français y consacrent en moyenne deux semaines de leur été, un record absolu en Europe.
Cette tradition est ancienne et très ancrée dans la culture française puisque dès 1838, Stendhal publiait déjà les Mémoires d’un touriste...
Quant au cinéma, dès ses débuts fin XIXème, l’invention des frères Lumière semblait conçue pour nous emmener en vacances.
Depuis, le cinéma français en général, et la comédie en particulier, en a fait l’un de ses sujets de prédilection, documentant au fil des années l’évolution de la société et des pratiques touristiques...
Voyez donc, comme, depuis des décennies, le cinéma invite au voyage.
Marchons dans les pas de Monsieur Hulot, à la découverte des premières stations balnéaires.
Roulons avec Bourvil, sur les routes italiennes.
Goûtons ensemble aux joies des voyages organisés ou envoyons nos enfants en colonie de vacances.
Essayons-nous, pourquoi pas, à la vie en communauté...
Mais méfions-nous tout de même des destinations à risque,
des compagnies low-cost,
ou de la nourriture épicée !
Ailleurs en Europe, le sujet est traité de manière extrêmement diverse, puisque les comédies d’exploitation italiennes et les farces burlesques britanniques côtoient des chroniques auteurisantes particulièrement acerbes, et pas forcément drôles, sur le tourisme et ses dérives.
Au fond, malgré leurs ZERO jours de congés payés par an, les Etats-Unis restent le seul pays à produire autant de comédies de vacances que nous.
Mais aux States, on n’est pas là pour beurrer les tartines de Benco. La comédie de vacances américaine se concentre donc souvent sur des séjours courts et intenses, représentés par des sous-genres très spécifiques comme la COMÉDIE DE LUNE DE MIEL, ou la COMÉDIE DE SPRING BREAK
Deux films contemporains des Bronzés, et particulièrement cultes outre-Atlantique, illustrent bien les spécificités culturelles des vacances d’été américaines...
MEATBALLS, d’abord, ou en version française “Arrête de ramer, t'es sur le sable”, qui donne à Bill Murray son premier grand rôle en moniteur irresponsable d’un camp de vacances pour ados...
Et National Lampoon’s Vacation, en français BONJOUR LES VACANCES, qui le temps d’un road-trip à travers le pays, nous fait vivre l’enfer des vacances en famille.
Ces deux classiques, appartenant chacun à une longue lignée de films aux contextes similaires, suggèrent que les vacances des Américains sont plutôt réservées soit aux familles, soit aux adolescents...
Cet état de fait renvoie à la nature régressive du tourisme notamment mise en évidence par le sociologue Edgar Morin.
“Se décharger des responsabilités et des soucis”
Si Les Bronzés ont la chance de pouvoir vivre, eux, des vacances d’adultes, ils n’en sont pas moins de grands enfants… [scène illustrative]
Ou plutôt des ados en pleine puberté, dont le but premier semble d’épanouir leur sexualité, mais qui ne cherchent au fond rien d’autre que trouver leur place dans la société.

D’un point de vue américain, et en dépit des calvities et des moustaches, Les Bronzés a finalement tout d’un TEEN MOVIE.
Mais avant d’être des gosses, Les Bronzés sont surtout d’indécrottables FRANÇAIS.
Grande pourvoyeuse de voyageurs, la France est aussi, depuis plus de vingt ans, la première destination touristique mondiale.
Il n’y a rien à dire, rien à faire, ce pays pue les vacances. Comme si chaque jour de sa vie morose, au bureau ou à l’usine, le Français rêvait de transats et d’autoroute du soleil.
[scène Georges Pelletier : “J’ai balancé le costard, la cravate, la moustache, j’ai tiré un trait sur toute cette partie-là de ma vie.“]
Comme si nous n’étions tout à fait nous-mêmes que les pieds dans le sable [****] ou sur une piste de ski [La première étoile], à attendre la vague [Brice] ou à crapahuter dans les montagnes [Les Randonneurs], comme si nous n’étions à l’aise qu’en voilier [Liberté Oléron], en kayak [Comme un avion], en safari [Safari] ou en croisière [Bienvenue à Bord]. Comme si nous étions avant tout des des pèlerins [Saint-Jacques la Mecque], des routards [Premières vacances], ou des campeurs [Tout ça pour ça]...
À la manière de Superman, qui n’est en fait déguisé que lorsqu’il est Clark Kent, le français serait un vacancier en puissance portant toujours son slip de bain sous le bleu de travail.
Le génie des Bronzés a ainsi été de définir à la perfection ce que nous sommes :
des touristes.
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